Compte-rendu “Débuter… transmettre” du 1er octobre 2015

“Commencer” un travail thérapeutique ou une séance

Étaient présents : Christiane Beck, Daniel Dumoulin, Hélène Potié, Priscille Du Jonchay, Caroline Derouault, Sylvie Teneul, Nelly Béranger, Béatrice Héraud.

Cette rencontre est la première d’un petit cycle : « commencer et finir ». Ce soir-là nous échangeons sur nos expériences, nos difficultés lors d’un début de thérapie, nos manières d’aller à la rencontre d’un nouveau patient. Nous questionnons le pré-contact de la thérapie. A quel moment elle commence ? En décrochant le téléphone, à l’ouverture de la porte…?

Ce cycle se terminera le samedi 28 novembre de 10h à 12h avec la question “Comment terminer une thérapie – c’est quand la fin?”

La soirée commence par une mise en bouche offerte par Christiane : une synthèse et des citations choisies issues d’un article d’André Chemin publié en 2002 dans les Cahiers de Gestalt-thérapie n°11 intitulé « Commencer et finir ».

Le cadre

Très vite, c’est la question du cadre qui est au centre du commencement et qui nous interpelle. A travers différents témoignages de débuts de thérapie, nous questionnons la justesse de notre posture. Par exemple :

– comment faire avec une demande envahissante et peu claire, des négociations de tarifs, des rendez-vous sans cesse repoussés et une difficulté à écourter l’échange téléphonique de prise de rendez-vous ?

– que devient le cadre quand l’urgence débarque dans notre cabinet ?

– dois-je insister auprès d’un(e) patient(e) qui n’est pas venu(e) au 2ème rdv et ne donne plus de nouvelles ?

 

Nous constatons que chaque début de thérapie est unique, qu’il est bon de se laisser prendre par le patient, par ce qui est là, à la première séance, et que nous adaptons notre façon de « commencer » en fonction de la personne. D’une personne à l’autre, c’est très différent et on n’est jamais pareil.

Nous questionnons l’utilité des 4-5 séances proposées avant de décider de s’engager pleinement de part et d’autre => introjet issu de nos formations ? Certains d’entre nous le vivent comme une rupture qui plane durant ces séances, beaucoup choisissent de réserver cette proposition aux patients qui hésitent.

Le thérapeute a à être bien dans son cadre. Nous voyons ce cadre comme un outil de travail, un contenant souple qui peut être une aide à l’engagement du patient.

Face à une demande de résultat, une attente forte envers le thérapeute (« enlevez-moi mes tocs », « en combien de temps pouvez-vous régler le problème ? »…), Daniel nous rappelle qu’en tant que Gestalt-thérapeute, nous n’avons pas à régler un problème, mais plutôt nous demander et clarifier à deux ce que nous allons « boutiquer » ensemble.

Le premier contact

Petit partage sur nos expériences de premiers coups de fil :

– comment la personne peut paraître « mécanique » dans sa demande, avec un échange rapide et bref, juste utilitaire, qui peut nous laisser perplexe… mais masquer aussi une grande émotion de la part du patient.

– comment freiner et couper ceux qui dès le premier coup de fil racontent beaucoup et vont déjà loin dans l’intime ?

– et nous ? posons-nous des questions lors de ce premier contact ? lesquelles ? (motif de la consultation ? qu’est-ce qui fait que c’est en ce moment que vous appelez ? est-ce qu’il y qqch que vous aimeriez savoir ?…)

 

Et qui appelle ? pour qui ? qui est demandeur ?

– quand la mère appelle pour son enfant, est-ce bien pour lui ou pour elle ?

– selon l’âge de l’enfant, on peut demander qqch comme « est-ce qu’on peut imaginer qu’il peut m’appeler lui-même ? » Chercher à ce que le consultant appelle, première implication au « je » dans la thérapie.

– Quand un homme ou une femme appelle pour son conjoint « il (elle) est vraiment très mal, il (elle) ne peut pas vous parler »… se pose la question de l’accompagnement individuel ou de couple. Et pourquoi ne pas être libre de commencer quelques séances en individuel pour travailler ensuite avec le couple si c’est ce qui surgit ?

 

Parle-t-on de Gestalt à la première séance ?

– Réponses très variées « jamais ! », « oui, si demande », « je prends toujours un temps pour expliquer comment je travaille »…

– Suggestion : si demande du patient, n’est-ce pas encore une façon de différer le moment de l’engagement ?

 

En guise de conclusion : construire son être thérapeute

Quand on commence, nécessité de réviser ses introjections pour construire son être thérapeute, être soi-même.

Jacques Blaize évoquait « la parlure du thérapeute », comme un langage propre au thérapeute, sortes de formulations toutes faites.

Nous nous construisons nécessairement à partir d’un modèle, puis au fil de notre pratique, nous construisons notre manière de faire et d’être.