Compte-rendu “Débuter… transmettre” du 4 octobre 2014

Ce métier est-il fait pour moi ?
Suis-je fait pour ce métier ?
D’ailleurs, est-ce un métier ?

 

Sont présentes : Juliette Lorent-His, Marie-Thé Vendé-Hamon, Christiane Beck, Caroline Derouault, Marie-Claire Bouvattier, Virginie Airiau, Nelly Béranger, Hélène Arques.

Sont excusés : Armelle Fresnais, Priscille Du Jonchay, Jean-Claude Lamy, Victoire Chateau, Anne-Cécile Erraud, Sophie Clowez, Jérôme Chartier, Christophe Dronneau, Daniel Dumoulin.

Virginie qui rejoint le groupe se présente.

 

Questionnement sur l’articulation entre l’ancien métier et le métier de gestalt-thérapeute : rejeter l’ancien ? Le faire vivre avec le nouveau ?

Marie-Claire témoigne de son passé de psychomotricienne. Elle garde une perception psychanalytique du corps qu’elle articule avec la Gestalt. Dans son institution, elle s’est mise à travailler autrement avec les outils de Gestalt. A partir de là, les enfants qu’on lui envoie changent.

Marie-Thé tient à garder sur sa plaque sa formation initiale de psychologue à côté de celle de Gestalt-thérapeute. Cela la connecte au développement de l’enfant, au sensori-moteur. Elle se rattache ainsi à un courant de pensée sans référence à la psychanalyse (Piaget, Wallon).

Il s’agit pour elle, plutôt que d’être dans l’analyse d’un dessin d’enfant, de rester dans la sensualité, la motricité, de remettre l’enfant dans la vie pour lever un blocage. Elle est dans l’évidence de l’enfant qui joue, qui perçoit avec tous ses sens et refuse l’analyse. En tant que psychologue, elle peut faire des tests de précocité si c’est la demande des parents, mais l’important c’est « qu’est-ce qui envahit ces enfants, ici ? »

Les doutes du début

J’arnaque les gens : je prends 50 € alors que je joue. Qu’est-ce que je fais ? En quoi c’est thérapeutique ? Mais dans cette relation, les enfants ont grandi : c’est cela qui ôte le doute.

L’enfant dit qui il est, peu importe le moyen. Par l’être-là du thérapeute (par le jeu, par ex., ou tenir le silence pour faire l’expérience du lien sans mots), il se sent compris et du coup on peut travailler sur ce qui origine ce comportement, ce qui le maintient et se vit dans la séance.

Je ne sais pas ce que je fais, mais en tout cas, j’y vais.

Cela vient chercher une créativité des thérapeutes. J’arrête de chercher à comprendre, j’arrête d’être intelligente. Je me centre sur « qu’est-ce que cela me fait ? ». « Comment on est dans le contacter ? »

Différence d’avec la psychanalyse qui se tourne vers le « à cause de… ».

Je me laisse être corporellement avec… Je rejoins l’autre là où il est.

« Ça marche », oui, mais au bout d’un certain temps. Temps d’incertitude. Les retours en arrière sont bénéfiques. C’est une chance de pouvoir revenir à l’âge où s’origine la difficulté.
Nelly partage comment, pour elle, le retour en arrière ou l’absence de progrès peut être difficile comme une preuve d’incompétence. Comment progresser ? C’est sa problématique (lié à son premier métier d’enseignante), c’est aussi celle du patient…

Caroline est touchée par les « retours en arrière ». Elle témoigne de son vécu avec sa fille handicapée : « c’est elle qui m’apprend à être gestaltiste ». Si on n’est pas ici et maintenant avec elle, ça ne marche pas. C’est une transmission de corps à corps. « Etre en lien sans la parole, je sais ce que c’est ».

Marie-Claire : Il s’agit de contacter avec tous les sens. Là on touche une émotion, en-dessous, et c’est là qu’est le vivant, la transformation possible.

Juliette : j’ai longtemps privilégié le corps et les émotions, mais les relier à la pensée permet à la direction de se prendre. La pensée vient de ce moment-là : dire / pouvoir se dire.

Marie-Thé : comment ce qui est avant le langage (ressentis, émotions) peut être déstabilisant dans notre monde de langage. L’émotion est souvent indicible, ou ce qui se dit n’est pas toujours en lien avec l’émotion.

Nous revenons sur la question antérieure : comment articuler l’ancien métier et ce nouveau métier de thérapeute ?

Christiane raconte comment il était auparavant impossible pour elle que son métier de thérapeute se mélange avec son activité précédente de céramiste. Pour elle, il n’y avait pas de lien entre les deux. Elle raconte comment elle a peu à peu lâché avec ce clivage et qu’au moment où elle se fait connaître comme thérapeute, « la terre se réveille » et son activité de céramiste est aussi sollicitée. Elle accueille le plaisir de ces deux activités et laisse venir ce qui vient. C’est vécu comme un apaisement. Constat que les choses s’ouvrent quand c’est là. Cela devient facile. Confiance qu’il y aura quelque chose. Le rien ne reste pas rien.

Juliette : il faut du vide pour laisser entrer quelque chose. Le doute, c’est aussi ne jamais savoir : alors il y a de la place pour que cela advienne.
Elle ne se pose pas la question « ce métier est-il fait pour moi ? », mais ressent et se dit : « là, je suis bien ».

Donner des conseils ?

La question de conseiller le patient est évoquée. Cela peut être perçu comme « pas bien » en début de pratique, mais peu à peu, constat que le conseil fait partie du champ des possibles. « Quand c’est là, je le fais ». (Juliette).

Qu’est-ce qui se fait ? Qu’est-ce qui ne se fait pas ? Comment on fait avec ce qui se passe ?

Par exemple, la colère du thérapeute peut avoir toute sa place dans la séance. Constat de l’impossibilité de « neutralité bienveillante », telle qu’on l’enseigne dans les cursus de médecine et de psycho.

Question de Marie-Claire : Quand on sort de la formation avec son mémoire, est-ce qu’on en sait assez pour commencer ? Quand on voit tous les stages proposés dans les catalogues de formation, on se rend compte qu’on est bien loin d’être « formé ».

Discussion sur la formation et l’absence de stage en situation. Il y a un bénéfice à être en responsabilité, sans y être entièrement.

Remarque à la lecture de ce compte rendu. Le constat s’impose que le thème proposé n’est qu’une introduction aux échanges. Faut il le regretter ou non ?
Priscille qui n’a pas pu participer à cette rencontre avait écrit : « Si je dois répondre rapidement à cette question pour moi en ce début de pratique, j’ai pour le moment un élément de réponse, sans doute pas suffisant mais en tout cas bien présent : le plaisir que j’ai à faire ce métier et l’énergie que cela m’apporte ».

Aucune réponse à la question posée : « suis-je fait pour ce métier? », mais une direction s’est prise à partir de cette question.
Comment faire avec ce métier qui arrive après un autre ? Quelle articulation entre les deux ? Quelle complémentarité ? Quel enrichissement ? Et aussi comment être dans une pratique gestaltiste ?